Marches financiers

Les marchés d’actions se sont globalement bien comportés cette semaine. Leur évolution a plus dépendu de leur perception des négociations entre les USA et la Chine sur les mesures d’ouverture des marchés ou de protectionnisme que des anticipations de taux d’intérêt ou de dynamisme du cycle économique. Sur ce point, les prochains jours apporteront plus d’informations sous forme de premières publications de résultats. Autre élément tangible cette semaine, le surcroit de tension en Syrie qui a conduit à une augmentation du prix du pétrole qui dépasse aujourd’hui les 72 $/baril. La prudence sur les obligations d’Etat « Core Zone Euro » demeure et oblige à une gestion très tactique des produits de taux dans leur ensemble.

 

ACTIONS EUROPEENNES 

Les marchés actions ont fluctué au gré des évolutions sur le front des tensions géopolitiques, entre le différend commercial opposant la Chine et les Etats-Unis, une possible intervention militaire en Syrie ou les sanctions US contre la Russie. La hausse du baril a particulièrement profité aux valeurs du secteur parapétrolier (TechnipFMC, Saipem, Tenaris). Le secteur du Luxe a également profité de résultats trimestriels d’excellente facture pour LVMH. La croissance organique au T1 ressort à plus de 13%, et le titre est particulièrement récompensé par le marché, entrainant Kering dans son sillage. La performance sur le trimestre 1 de la division luxe de L’Oréal, dopée par l’Asie, ainsi que de sa division cosmétiques profitent également à la valeur. Le secteur automobile a quant à lui été recherché suite à la promesse du président Xi de baisser significativement les taxes sur les véhicules importés en Chine. Les valeurs exposées à la Russie ont en revanche été pénalisées. Volkswagen a annoncé la nomination de Herbert Diess en tant que nouveau CEO. Le directoire est par ailleurs fortement remanié, le groupe prépare une future IPO du pôle poids-lourds Volkswagen Trucks & Bus et projette enfin une alliance stratégique avec le japonais Hino (Toyota). Le fonds de Private Equity Francisco Partner a annoncé une offre sur VeriFone, avec une prime de 54%. Ingenico a monté dans la foulée. Enfin, le fonds activiste Elliot a confirmé avoir renforcé sa position au capital de Telecom Italia à environ 9% en amont de l’AG du 24 avril.

 

ACTIONS AMERICAINES

Belle semaine pour les marchés US, le S&P progresse de 2.3% et le Nasdaq s’adjuge 3.3%. Le marché a interprété les postures de l’administration Trump sur la question des tarifs douaniers comme étant plus accommodantes. La progression des indices a également été alimentée par la volonté des investisseurs de se positionner en amont de la saison des résultats, ceux-ci devant bénéficier de l’accélération cyclique vécue depuis le début de l’année et de l’impact de la réforme fiscale. Pour le premier trimestre, le consensus table sur une croissance des ventes de +10% et des bénéfices de +17%, la plus forte depuis 2011. Les chiffres de l’inflation, au sens du CPI, sont ressortis en ligne avec les attentes avec une progression de 2.4% en base annuelle. Les minutes de la dernière réunion de la Fed n’ont pas dévoilé de véritable surprise. Le ton général est très équilibré, réitérant largement les propos de Powell lors de son discours inaugural. Les perspectives économiques et les conditions financières s’améliorent mais à un rythme suffisamment contenu pour ne pas altérer la politique monétaire. La « gradualité » du resserrement monétaire reste le maître mot. En revanche, ces minutes révèlent que les membres votants estiment qu’une guerre commerciale aurait un impact sur la croissance US. La progression du marché a favorisé les secteurs aux plus fort beta. Les grands gagnants de la semaine sont la technologie, aidée par la bonne réaction de Facebook suite à l’audition de Mark Zuckerberg par le Congrès, l’énergie et les financières.

 

ACTIONS JAPONAISES 

Les actions japonaises ont achevé la semaine sur une note stable, avec des fluctuations peu marquées. L'indice TOPIX a cédé 0,05 %. Malgré une prévision antérieure médiocre, les commandes de machines, un indicateur avancé de l’investissement en équipements dans le secteur privé, se sont avérées meilleures que prévu en février : elles sont ressorties à leur plus haut niveau depuis dix ans dans l'industrie manufacturière à la faveur de la bonne tenue de l'investissement productif. Toutefois, la progression des actions a été freinée par le risque de contraction de l’investissement liée au différend commercial entre les États-Unis et la Chine. De nombreux investisseurs sont restés attentistes.

 

MARCHES EMERGENTS

La semaine fut agitée sur les marchés émergents avec l’absence de cotation des obligations émises par Rusal  et d’éventuelles sanctions accrues contre la Russie qui a engendré une sortie massive de capitaux et une dépréciation jusqu’à 8% du Rouble en 1 semaine malgré le rebond des prix du pétrole qui devrait doper significativement les exportations russes.

Sur le chapitre de la guerre commerciale sino-américaine, il y a une volonté d’apaisement des autorités chinoises qui parlent de réduire les droits d’importation sur l’automobile et d’assouplir les règles de détention des partenaires étrangers dans les Joint-Ventures. Une baisse de 10 - 15% de taxe douanière rendrait certains modèles haut de gamme fabriqués en Chine moins compétitifs vis-à- vis des modèles importés. Le gouverneur de la PBoC a multiplié les signes d’accélération d’ouverture du marché financier en Chine durant le forum Boao (l’équivalent chinois de DAVOS) : le quota du Hong Kong Connect sera quadruplé à partir du 1er mai ; les entreprises étrangères pourront désormais contrôler jusqu'à 51% des JVs dans le courtage, la gestion d'actifs et l’assurance. Il a aussi promis de ne pas dévaluer le RMB en cas d'intensification des frictions commerciales.

La banque centrale coréenne a laissé son taux directeur inchangé à 1.5%.

En Inde, afin de pénétrer le marché naissant de la grande distribution, Amazon et Walmart déposent des offres concurrentes féroces pour prendre une participation minoritaire de Flipkart, la plus grande société de E-commerce indienne. L’annonce des projets d’infrastructure reste toujours faible : -52% pour l’année fiscale 018.

Au Mexique, l’inflation en mars est plus basse que prévue à +5,04%. La croissance de la production industrielle était à 0,7% en février, en-dessous des attentes de 1,2%. L’inflation continue de baisser au Brésil : 2,68% en mars, versus 2,84% en février. Malgré la forte volatilité créée par le risque protectionniste, la montée des taux d’intérêt et des tensions géopolitiques croissantes, les marchés émergents continuent de surperformer les marchés développés depuis le début de l’année. En Chine en particulier, les importants efforts pour contrôler la dette et les politiques stimulant l’innovation sont des vecteurs assez puissants pour lui permettre de générer une contribution positive depuis le début de l’année (+0.65% en EUR) en dépit des bruits de guerre commerciale. Les investisseurs gardent donc la tête froide pour l’instant…

 

MATIERES PREMIERES

La semaine a vu une forte appréciation des cours du pétrole (Brent +8%, WTI +6%), le Brent dépassant les 73$/b pour la première fois depuis novembre 2014 (à l’époque, le brent était sur la pente qui l’a fait passer de 100$/b en juin 2014 à 45$/b en janvier 2015). La hausse récente est liée à la fois à l’augmentation du risque géopolitique et à l’amélioration des fondamentaux. L’accentuation des tensions autour de la Syrie a un impact limité sur la production de pétrole (production de 15kb/j alors qu’elle était de 400kb/j avant 2011), mais porte le risque de conflit indirect entre les Etats-Unis (inclus France, Royaume-Uni, Israël) et la Russie (inclus Hezbollah et Iran). La situation au Yemen, qui entraine un affrontement indirect entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, fait moins la une de l’actualité, mais pose une menace plus importante sur les exportations de pétrole (5Mb/j passent par le Golfe d’Aden). Ces conflits augmentent le risque de voir les Etats-Unis sortir de l’accord sur le nucléaire Iranien, qui doit être renouvelé le 12 mai. Cependant, au vu de la méthode de Monsieur TRUMP et de ses revirements fréquents, l’espoir reste permis pour les diplomates. On peut estimer à 5$/b la prime de risque actuelle dans les cours du pétrole. Les fondamentaux, quant à eux, poursuivent leur amélioration, comme le montrent les rapports mensuels de l’agence américaine (EIA), de l’OPEP et de l’agence internationale de l’énergie (AIE). Ils font apparaitre :

1/ une moindre révision à la hausse de la production US par rapport à la tendance des 6 derniers mois, notamment due à l’apparition de goulots d’étranglement dans les capacités de transports par pipelines,

2/ une baisse de la production de l’OPEP de 200kb/j en mars comparé à février (le Venezuela toujours en baisse, auquel s’ajoute l’Angola),

3/ une demande inchangée malgré l’impact de prix plus élevés.

Le résultat de l’équation est une nouvelle baisse des stocks OCDE, qui se situent maintenant à 2841Mb pour le brut, soit 26Mb au-dessus de la moyenne à 5 ans. Selon l’AIE, la moyenne devrait être atteinte en mai. Rappelons que l’OPEP et la Russie envisagent de passer à une moyenne à 7 ans, prolongeant ainsi l’effort de réduction des productions.

L’once d’or ne profite que modérément des tensions géopolitiques actuelles, tout en se maintenant à un niveau de prix élevé, entre 13210 et 13060$/oz. Depuis le début de l’année, les flux sur les ETF aurifères ont augmenté de 1,7Moz sur un total de 73,3Moz.

 

DETTES D'ENTREPRISES

Crédit

L’annonce de la Chine quant à l’abaissement des droits de douane sur certains produits et la rhétorique plus rassurante de Monsieur TRUMP sur le commerce ont entrainé une hausse du marché cette semaine. Certains émetteurs russes ont cependant été particulièrement impactés par les sanctions américaines envers la Russie. Les obligations émises par Raiffeisen ont beaucoup souffert en début de semaine dû à l’exposition russe de la banque. Le marché primaire a été très actif. Fives (B3/B+), groupe d’ingénierie industriel, a émis deux souches obligataires, à taux fixe (5%) et flottant avec une maturité de 7 ans pour 600 millions d’euros. Vallourec (B), fabricant de tubes en acier, a émis des obligations pour 400 millions d’euros avec une maturité de 5.5 ans et un coupon de 6.375%.