Marches financiers

La confusion règne sur les marchés qui n’arrivent pas à choisir entre les bonnes nouvelles sur la croissance économique, les résultats des entreprises, l’environnement financier et les RISQUES. C’est en effet le regain de perception du risque depuis le début de l’année qui empêche les marchés de progresser. Il faut dire qu’aux craintes traditionnelles sur l’évolution des taux d’intérêt ou le prix du pétrole s’est ajouté le risque géopolitique pesant sur le commerce mondial, aux conséquences difficiles à quantifier par les experts. Il est vain de nier l’existence de ce risque, tant les foyers de tension se multiplient. Cette semaine, les relations entre les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Iran et la Turquie se sont à nouveau tendues. Par ailleurs, le conflit entre le Canada et l’Arabie Saoudite prend un tour inattendu. Cette perception du risque est déjà historiquement élevée et s’est traduite par une baisse inhabituelle du niveau de valorisation des marchés d’actions à ce stade du cycle.

 

ACTIONS EUROPEENNES 

Les publications du deuxième trimestre s’achèvent en Europe avec notamment les financières. L’accélération de la croissance organique est confirmée, mais la croissance des bénéfices reste en ligne, sans réelle révision à la hausse, en particulier compte tenu de l’effet négatif du change. L’euro touche un point bas annuel face au dollar, alors que la faiblesse persistante de la livre turque et la situation précaire du pays soulèvent des craintes de la part de la BCE sur l’exposition en particulier de trois banques européennes (BBVA, Uni-Crédit, BNP). Les assureurs affichent des résultats plus solides que les valeurs bancaires, dont les ratios de solvabilité cessent globalement leur amélioration tandis que l’investissement dans le digital continue de peser. Si les banques italiennes sont impactées par le contexte politique instable et l’écartement des spreads, Uni-Crédit a néanmoins affiché des résultats trimestriels positifs, surpassant les attentes concernant les bénéfices nets. Elle tient ses objectifs et poursuit sa restructuration avec l’amélioration de la qualité de ses actifs. Commerzbank, le deuxième groupe bancaire allemand, a affirmé avoir renoué avec les bénéfices plus franchement que prévu au deuxième trimestre. Mais la banque, qui poursuit sa transformation, a revu légèrement à la hausse son objectif de charges pour l’année, tout en restant convaincue qu'elle pourra de nouveau distribuer un dividende. Elle prévoit la réduction de ses coûts d'au moins 200 millions d'euros d'ici à 2020, après avoir cédé son pôle Dérivés et gestion d'actifs à la Société Générale en juillet dernier.  HSBC a présenté des résultats conformes aux attentes et soutenus par les activités de la banque en Asie, avec un profit en hausse de 2,5% par rapport au premier semestre 2017. Le groupe renoue ainsi avec une stratégie d'expansion après des années de compression des coûts. Les publications de Deutsche Telekom et Ahold Delhaize ont confirmé une tendance plutôt atone sur la top line dans les secteurs de la distribution alimentaire et des télécoms. Atos a subi une forte baisse après une note d’analyste mettant en cause la façon de calculer le free cash flow. Enfin, Adidas a fortement grimpé, réitérant sa guidance annuelle et soulageant les investisseurs tant sur la croissance organique que sur l’EBIT. 

 

ACTIONS AMERICAINES

Les marchés actions américains ont continué leur progression au cours d’une semaine relativement calme sur le plan domestique. On notera au cours de la semaine la publication de chiffres de l’inflation (côté prix à la production) en ligne avec les attentes. La saison de publications de résultats se poursuit et reste dans l’ensemble particulièrement robuste. 84% des sociétés ont publié leurs résultats et le chiffre d’affaires est en agrégé en progression de 9% tandis que les profits sont en hausse de plus de 10% dans la quasi-totalité des secteurs hormis l’immobilier. Le chiffre de 25% de croissance des bénéfices pour le S&P500 est fortement influencé par le secteur de l’énergie (+120%) et la réforme fiscale doit donc être relativisée. L’actualité des entreprises fut marquée par le tweet d’Elon Musk sur le retrait potentiel de la cote de Tesla. Le secteur de la technologie s’est quant à lui fortement repris après le trou d’air des dernières semaines et des valeurs comme Amazon côtoient de nouveau leurs plus hauts niveaux historiques.

 

MARCHES EMERGENTS

La People's Bank of China (PBoC) a annoncé son intention d'imposer un dépôt de 20% sur la négociation de contrats de change à terme devant l’affaiblissement continu de la devise locale : ne serait ce que cette semaine, 40 points de base de dépréciation supplémentaire par rapport au dollar. L'investissement des Chemins de fer Chinois se montera à 800 milliards de renminbi - RMB (contre 732 milliards auparavant) en 2018 en soutien de la croissance intérieure. En outre, les autorités financières chinoises ont également annoncé leur intention de promouvoir un développement stable et sain des marchés de capitaux, de nouvelles mesures d’ouverture étant prévues prochainement. L'excédent du compte courant du deuxième trimestre était de 5,8 milliards de dollars ; les réserves de change du mois de juillet se sont établies à 3118 milliards, soit un peu plus que le consensus de juin et du marché. La Chine bénéficie toujours d'une croissance de ses exportations de 12,2% en glissement annuel et des importations de 27,3%.                                             

 

En Russie, les marchés des changes, des obligations et des actions ont été sous pression cette semaine suite à l'introduction d'un nouveau projet de loi (Defending American Security from Kremlin Aggression Act) au Sénat américain. Par ailleurs, mercredi, le département d’Etat américain a annoncé qu’il imposerait des sanctions à la Russie en vertu de la loi sur le contrôle des armes chimiques et biologiques et l’élimination de la guerre qui entrera en vigueur le 22 août. Le rouble russe a corrigé, en baisse d’environ 5% par rapport au dollar.

 

MATIERES PREMIERES

Avec le risque que représente la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine sur la croissance globale, il est rassurant de constater que l’activité en Chine reste pour le moment soutenue, portée par une demande intérieure et extérieure satisfaisante. Les derniers chiffres de commerce extérieur sur les matières premières montrent en effet une poursuite de l’augmentation des importations de minerai de fer (+4% sur 1 an, +5% sur 1 mois, -1% depuis le début de l’année), de cuivre (+16%, -2% et +16% respectivement) et de pétrole (+3,6% sur 1 an, +1,4% sur 1 mois). Les autorités chinoises sont par ailleurs actives pour continuer à stimuler leur économie, non pas via un grand ensemble de mesures comme par le passé mais de façon plus ciblée, comme l’augmentation des dépenses d’infrastructure sur le rail ou en augmentant la liquidité. Pour rappel, dans le cadre de son opération « Ciel bleu », la Chine prévoit de fermer à nouveau une partie significative de ses capacités de production pendant la période hivernale, la rendant davantage dépendante de ses importations. En réponse à la hausse des droits de douane, de 10 à 25% sur 200 milliards de dollars de produits, annoncée par l’administration américaine la semaine dernière, l’administration chinoise a annoncé une liste de 16 milliards de dollars de produits importés taxés à 25%. Le pétrole brut a été exclu de cette liste. La Chine importe environ 400.000 barils par jour de pétrole brut américain contre 700.000 barils par jour en provenance d’Iran. Les produits pétroliers (essences, gasoils…) ont été inclus, faisant craindre une baisse de la demande en Chine.  L’environnement anxiogène, combiné à des données hebdomadaires de mouvements des stocks de pétrole aux Etats-Unis moins bons qu’attendu (moindre baisse des stocks de pétrole, hausse des stocks de produits), ont entraîné une baisse des cours du pétrole (entre -2 et -3%), tout en restant au-dessus des 70 dollars le baril pour le Brent.