Marches financiers

ACTIONS EUROPÉENNES 

La séquence positive pour les marchés actions européens observée au cours des dernières semaines a été brutalement interrompue jeudi alors que les présidents américains et chinois pourraient finalement ne pas se rencontrer. Les prévisions de croissance pour la zone euro ont été par ailleurs abaissées de +1,9% à 1,3% et la production industrielle en Allemagne est ressortie en baisse en décembre. Plusieurs publications décevantes ont fini de plomber la séance. Les valeurs cycliques, qui ont mené la hausse depuis le début d’année, ont souffert dans ce contexte.    L’ensemble du secteur automobile a en particulier lourdement chuté après des mauvais chiffres d’immatriculation en Europe pour janvier, et de nombreuses publications décevantes des sociétés, telles que celle de FCA, ou encore de Daimler dont la division auto reste pénalisée par la montée en puissance des coûts liés au moteur électrique. Le fabricant de câbles pour voiture Leoni plonge après avoir annoncé que ses objectifs à horizon 2020 ne seront pas atteints et avoir suspendu le paiement du dividende pour 2018. Avec une croissance organique en recul de 0,3% pour le quatrième trimestre, et malgré une amélioration plus forte que prévu de sa marge opérationnelle, Publicis a entraîné l’ensemble du secteur des médias dans son sillage baissier.

Les bancaires souffrent également, alors que BNP ou Société Générale révisent en baisse leur objectif. ING se distingue toutefois en affichant des résultats au titre du quatrième trimestre supérieurs aux attentes du consensus. A l’inverse, les résultats des sociétés sont plutôt encourageants du côté des défensives. Pernod Ricard révise légèrement à la hausse ses perspectives 2021, avec un levier opérationnel qui progresserait de 50 à 60 points de base d’ici 2021. Carlsberg a dévoilé des résultats au-dessus des attentes, portés par ses ventes en Asie et une météo très favorable, avec des signes que les réinvestissements pour la croissance commencent à payer. L’Oréal affiche une croissance organique supérieure aux attentes et une marge en ligne au titre du quatrième trimestre. Le titre profite également des excellents résultats publiés par Estée Lauder. Satisfaction également pour le luxe qui poursuit sur sa lancée après les solides chiffres d’Hermès. Dassault Systèmes a bondi après des résultats marqués par le retour à une croissance de 11% des licences et des investissements moins élevés. Total est porté par la progression des prix du pétrole et de sa production.

 

ACTIONS AMERICAINES

Le président Donald Trump a prononcé son discours sur l’état de l’Union, lançant un appel à l’unité, sans toutefois renoncer à son projet de mur à la frontière mexicaine. Parmi les faits saillants, le Président a maintenu une ligne dure sur le financement du mur, des déclarations sur les négociations commerciales avec la Chine, un appel à réduire le prix des médicaments d'ordonnance, un ton ferme sur les dépenses militaires et un appel à résister aux enquêtes du Congrès. Sur le plan macroéconomique, l’indice ISM non-manufacturier est ressorti en dessous des attentes à 56.7 (vs. 57 prévu) et les commandes à l’industrie sont ressorties en repli de -0,6% (vs. +0,3% estimé). Sur le front des publications trimestrielles, près de la moitié des sociétés du S&P500 (représentant 70% de la capitalisation boursière totale) a dévoilé ses chiffres : près de 50% ont battu les attentes de résultats et 30% ont battu les attentes de chiffres d’affaires, en ligne avec les moyennes historiques. Les entreprises dépassant les attentes ont surperformé l’indice en moyenne de 240 points de base, supérieure à la médiane historique de 100 points de base.

Le S&P500 termine la semaine quasiment inchangé ; les valeurs industrielles, immobilières et technologiques progressent tandis que la santé, l’énergie et les matériaux reculent. 

 

ACTIONS JAPONAISES 

Alors que la saison de publication des résultats du troisième trimestre (à fin décembre) de l’exercice 2018 battait son plein, le marché actions japonais s’est relativement bien comporté, malgré des bénéfices en deçà des attentes sur le trimestre et la révision à la baisse des prévisions de résultats pour l’exercice 2018. L’indice TOPIX a progressé de 0,28% durant la semaine. Bien que les programmes de trading aient dominé le marché suite à l’annonce des résultats, l’impact sur les cours boursiers est resté limité, les perspectives négatives ayant probablement déjà été intégrées par le marché l’an dernier. À l’avenir, les écarts de performance des investissements devraient se creuser entre les entreprises, notamment en fonction de leur capacité à générer une croissance solide et de leurs fondamentaux.

 

MARCHES EMERGENTS

Les marchés chinois sont restés fermés durant les fêtes du Nouvel An. Néanmoins, les ADR (American Depositary Receipts) chinois ont été sous pression après l’annonce selon laquelle le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping ne devraient pas se rencontrer avant le 1er mars, ravivant ainsi les craintes que les deux pays ne parviennent pas à s’entendre sur un accord commercial avant la date limite. En Inde, les ventes automobiles ont reculé en janvier. Les volumes de Royal Enfield ont perdu 6,6% en glissement annuel, un chiffre toutefois supérieur aux attentes. Sur le plan macroéconomique, la banque centrale (Reserve Bank of India) a surpris le marché en réduisant les taux d’intérêt et porte son attention sur l’inflation totale.

 

MATIERES PREMIERES

Depuis l’annonce, le 25 janvier dernier, de l’effondrement du barrage de la mine de Feijão appartenant à Vale, avec un impact humain très lourd, les conséquences sur le marché du minerai de fer ne cessent d’augmenter. Vale avait rapidement annoncé le démantèlement des 10 autres barrages de résidu (tailings dam) construits selon la même méthode, avec un impact à terme de 40 millions de tonnes (Mt). La société comptait compenser en utilisant sa capacité latente (50Mtpa). Cependant, l’autorité de réglementation de l’État brésilien a révoqué le permis d’exploitation et a suspendu les activités de la mine de Brucutu (30Mt). Les prix du minerai de fer se sont rapidement appréciés, de +15% à 101$/t pour celui de meilleure qualité (65%) à +23% à 61$/t pour le minerai de moins bonne qualité (58%). Les sidérurgistes, notamment chinois, sont en effet incités à utiliser un minerai de moindre qualité, car moins coûteux, pour préserver leurs marges alors que les prix de l’acier sont en baisse depuis plusieurs mois. Dans le même temps, ArcelorMittal anticipe une chute de la demande chinoise en acier et une faiblesse aux États-Unis et en Europe, en conséquence des risques portant sur l’économie mondiale. La société prévoit ainsi une croissance de la demande mondiale de l'acier de 0,5 à 1% cette année, contre +2,8% en 2018, alors qu’elle devrait baisser de 0,5 à 1,5% en Chine, après une croissance de 3,5% en 2018. Cette faiblesse de la demande d’acier devrait de facto plafonner la hausse des prix du minerai de fer, notamment pour le 65%. Le minerai à 62% de teneur, principalement en provenance d’Australie, pourrait encore progresser à court terme vers les 90-100$/t (80$/t actuellement).

Le marché du pétrole reste soutenu par la forte baisse de production des membres de l’OPEP au cours des deux derniers mois. Cependant, la province de l’Alberta, qui avait annoncé une réduction de 325kb/j de sa production suite à la chute des prix du pétrole canadien, pourrait rapidement normaliser sa production, les prix étant revenus au niveau désiré. En Libye, la production a atteint 700kb/j en janvier, après un plus haut récent de 1,25Mb/j en octobre dernier, suite à la prise du champ pétrolier de Sharara (300kb/j) par des groupes de milices rebelles. Cependant, les forces régulières ont repris ces installations, laissant espérer un redémarrage de la production au cours des prochaines semaines.